Un metteur en scène tunisien dénonce la censure de sa dernière pièce (AFP)
AFP, mercredi 11 octobre 2006
Un metteur en scène tunisien dénonce la censure de sa dernière pièce TUNIS - Un metteur en scène tunisien, Fadhel Jaïbi, a dénoncé mercredi la censure de sa pièce "Corps otages", qui traite de l’intégrisme avec en toile de fond l’histoire de la Tunisie contemporaine. "J’ai été frappé de plein fouet par la censure", a déclaré à l’AFP le metteur en scène dont la pièce a été jouée en juin au théâtre de l’Odéon à Paris. Ecrite par sa compagne, l’actrice Jalila Baccar, cette création veut être une radioscopie du corps social à travers l’histoire d’une jeune fille qui "passe d’un gauchisme pur à un islamisme dur". D’éducation laïque, Amal (Espérance) se convertit au fondamentalisme avant de se retrouver entre les mains de la police suite à l’attentat suicide commis par l’une de ses amies. La pièce n’a pas reçu de visa d’exploitation de la Commission nationale d’orientation du ministère de la Culture. "Sous prétexte d’atteinte à la morale, à la religion, au bon goût, cette commission a décidé de tailler dans le vif exigeant la suppression de patronymes, de noms de lieux, de dates et de citations coraniques", a indiqué M. Jaïbi. Indiquant avoir saisi en vain le ministre de la Culture, Mohamed Aziz Ben Achour, il a affirmé s’être implicitement vu reprocher "une atteinte au sacré", à la religion. Qualifiant cette décision d’"acte inique et arbitraire", il a estimé qu’elle constituait aussi "une insulte aux artistes et au public" et indiqué qu’il refusait d’obtempérer aux exigences de la commission. "Cette commission n’a plus de raison d’exister. Elle a fait son temps et ne sert qu’à nous orienter vers plus de soumission", a protesté M. Jaïbi, soulignant que "notre spectacle fait plutôt l’éloge de l’islam tolérant". Dénonçant "la déferlante intégriste", un péril dont il dit "percevoir les signes avant-coureurs" en Tunisie, il a ajouté avoir "monté ce spectacle pour que ma fille ne se voit pas obligée un jour de porter le voile". Le metteur en scène, qui a souligné n’avoir pas été inquiété par la censure en trente-deux ans de carrière, a notamment été le fondateur avec Jalila Baccar de la première compagnie privée tunisienne.